L’antiracisme totalitaire sévit au Royaume-Uni

5 Nov

En Grande-Bretagne, le Secrétaire d’Etat à l’Education, Michael Gove, vient d’annoncer que  les responsables d’établissement pourront licencier un enseignant du fait de son appartenance au BNP (British national party) ou à « d’autres groupes qui ont une connotation extrémiste ».  Cet engagement du Secrétaire d’Etat fait suite au cas d’Adam Walker,  professeur membre du BNP ayant écrit sur un forum d’extrême droite que la Grande-Bretagne est « une décharge pour la crasse du tiers monde ». (Source : The Guardian)

 Jugé par un  jury disciplinaire en juin de cette année, le General Teaching Council, Adam Walker est reconnu non coupable d’intolérance religieuse et raciale. Le GTC retient uniquement la charge de faute professionnelle du fait d’un usage personnel d’un ordinateur portable de l’école pendant les cours. Le gouvernement britannique semble néanmoins vouloir se servir de ce cas pour franchir une étape supplémentaire dans son antiracisme d’Etat.

 « Je ne vois pas comment l’appartenance au British National Party peut aller de pair avec le modelage des jeunes esprits », explique Michael Gove au Guardian. Ancien journaliste du Times et de la BBC et aujourd’hui acteur clé des Tories (« l’un des meilleurs représentants des nouveaux conservateurs » selon Le Figaro) ne fait que relancer un sujet politico-médiatique lancé l’an passé par son prédécesseur du Labour party. En septembre 2009, le Secrétaire d’Etat à l’Education de l’époque Ed Balls avait commandé un rapport après que 15 membres actifs du BNP aient été identifiés dans les établissements scolaires. Maurice Smith, ancien inspecteur de l’éducation et auteur du rapport, estima alors qu’il n’y a « pas de preuves suffisantes de risques » et que prononcer une interdiction des membres du BNP équivaudrait à « prendre un marteau de forgeron pour casser une noisette ». Alors qu’ils sont exclus de la police, les enseignants anglais membres du British national party (BNP) pouvaient donc continuer à enseigner.

Le syndicat d’enseignants NASUWT (National Association of Schoolmasters’ Union of Women Teachers), se déclara déçu par le rapport. « L’idée qu’un membre du BNP puisse laisser ses idées à la porte de l’école et se comporter en « professionnel » est risible », a ainsi déclaré Chris Keates, sa secrétaire générale. Avec le changement de cap du nouveau gouvernement, NASUWT est satisfaite. « J’espère que Michael Gove mettra cela en œuvre le plus vite possible. C’est important pour sauvegarder les intérêts de notre jeunesse », a réagi Chris Keates.

 « Sauvegarder les intérêts de notre jeunesse », l’argument aurait plu à Philippe Muray. Dans Festivus Festivus, l’observateur lucide de l’ère du festivisme et de la fin de l’histoire, décrivait la nouvelle Inquisition, avatar plus sournois que celle du Moyen-Age. « Pour la première fois, nous nous trouvons devant cette difficulté que les Inquisiteurs s’expriment dans la langue de l’émancipation. Mais leur pénalophilie démente, en même temps qu’elle s’étend à la planète, ce que n’avait pu faire l’Inquisition, se développe aussi à travers le passé. » (Philippe Muray, Festivus Festivus, p75). La nouvelle Inquisition, progressiste, n’en reste pas moins une police des pensées traquant les hérésies de notre temps, à savoir l’opposition ou la simple perplexité quant aux promesses du village mondial.  L’affirmation d’Alain Finkielkraut selon laquelle « l’antiracisme est le communisme du XXIe siècle »  prend tout son sens à la lecture de cette actualité. Sous son beau et vertueux projet de la Tolérance et du Respect de l’autre absolus, un régime totalitaire lance une chasse aux sorcières. La Diversité, c’est bien, sauf dans les opinions.

Hal G. P. Colebatch, auteur, poète, conférencier, journaliste, professeur et avocat (rien que ça…) australien s’est intéressé à cette nouvelle forme insidieuse de totalitarisme qui sévit outre-manche (et plus globalement dans bon nombre de pays d’Europe et en premier lieu la France) : « La Grande-Bretagne n’est pas bolchevique, mais une campagne visant ouvertement à modifier la psychologie du peuple et à créer un nouvel Homo britannicus est en cours. » Et d’ajouter : « Il n’y a pas de camps de concentration ou de goulags, mais il y a des polices de la pensée dotées de pouvoirs sans précédent pour imposer des modes de pensée et détecter l’hérésie, et les dissidents peuvent se voir imposer de lourdes peines. » Colebatch cite toute une série d’exemples pour appuyer son propos comme cette élève de 14 ans, Codie Stott, qui avait « demandé à son enseignant si elle pouvait se joindre à un autre groupe pour réaliser un projet scientifique, car les filles de son groupe ne parlaient que l’urdu » (langue nationale du Pakistan et symbole identitaire des Indiens musulmans, NDLR). Son prof lui répondit : « C’est du racisme, tu auras affaire à la police ! ». « Bouleversée et terrifiée, l’élève est sortie pour se calmer. L’enseignant a appelé la police et quelques jours plus tard – les autorités ayant vraisemblablement mûrement réfléchi – elle a été arrêtée et emmenée à un poste de police où ses empreintes digitales et sa photo ont été prises. ». Dans la même veine, « un enfant de 10 ans a été arrêté et traduit devant un juge pour avoir appelé un garçon de 11 ans « Paki » et « Ben Laden » lors d’une dispute dans la cour de récréation d’une école primaire ». Ou encore le case de cette école qui « a accommodé des parents musulmans qui s’opposaient à ce qu’on remette à leur enfant en bas âge des livres prônant le mariage et l’adoption par les couples homosexuels. Le matériel qui les offensait a été retiré de l’école où étudiait leur fils. Cette année, des parents musulmans et chrétiens se sont opposés au même matériel dans une autre école; or, non seulement leurs demandes ont été rejetées, mais ils ont été menacés de poursuites s’ils retiraient leur enfant. ».

 Bon nombre de Français conviendraient du caractère exagéré et grotesque de ces anecdotes. L’annonce faire par le Secrétaire d’Etat à l’Education est-elle à ranger dans les mêmes dérives de l’antiracisme ? Pour cela, il semble opportun de revenir sur la genèse du British National Party.  Créé en 1982,  le BNP est héritier du National Front (NF) lui-même né dans les années 1960. Le poids du NF est de plus en plus conséquent dans la vie politique anglaise. « Dès 1977, le National Front devient le quatrième parti au Royaume-Uni, parfois même le troisième dans certaines régions », explique Jérôme Jamin Chercheur au Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations (CEDEM) de l’Université de Liège (lire l’article). Mais ces « succès relatifs […] ne dureront que deux ans jusqu’à que le parti fasse l’objet de campagnes de diabolisation de plus en plus nombreuses et efficaces de la part des mouvements antiracistes et antifascistes qui veilleront à retracer publiquement l’origine et le passé controversé des principaux leaders et cadres du parti. » C’est notamment l’Anti-Nazi League (ANL) qui dénonça le passé nazi d’un certain nombre de cadres du NF. «La diabolisation combinée à l’arrivée de Margaret Thatcher finira de renvoyer le National Front à un état plus groupusculaire, ses membres et électeurs partant chez les Conservateurs ou vers des groupes encore plus radicaux. Le National Front finit par imploser en quatre petites formations. », précise Jérôme Jamin.

En 1982, le NF renaît de ses cendres sous le nom de British National Party « et parvient à rassembler sous sa bannière nombre de militants et de leaders issus du National Front et d’autres formations extrémistes. », indique Jérôme Jamin. Au fil des années et des életions, le BNP réussit à faire entendre sa petite musique dissonante. « Aux élections locales du 1er mai 2008, le nombre de conseillers du BNP est passé de 84 à 100, le parti faisant par ailleurs élire pour la première fois (avec 5,3 % des voix), un conseiller à l’Assemblée de Londres (London Assembly) qui en compte 25. » (source Wikipedia).

En juin 2009, deux députés BNP dont son actuel leader Nick Griffin intègrent le Parlement européen et rallie en novembre de la même année l’Alliance européenne des mouvements nationaux qui regroupe des partis politiques nationalistes d’Europe comme le Front National français.

Sur le plan des idées, le BNP combat l’islamisation du Royaume-Uni, la discrimination positive en faveur des minorités ; le « Grand Remplacement »  pour reprendre l’expression de Renaud Camus de la population autochtone par l’immigration et prône le retour à une véritable souveraineté britannique. Contrairement au Front National héritier d’un universalisme à la française, le BNP est empreint d’un « ethno-nationalisme » blanc. En février dernier, comme le rappelle Le Figaro, « le BNP a été contraint cette année par la justice de changer ses statuts, qui excluaient jusque-là les non-Blancs de ses rangs, pour se mettre en conformité avec les lois sur l’égalité des races, par crainte de poursuites. » Comme on peut le lire sur le site web du BNP, l’une des priorités du parti est de garantir la survie des autochtones d’origine européenne (« guarantee the survival of the native, indigenous European people »).

Son souhait n’est pas non plus de faire du Royaume-Uni est pays à 100% blanc mais de limiter fortement l’immigration de manière à ce que les popluations d’origine étrangère soient minoritaires (« We accept that Britain always will have ethnic minorities and have no problem with this as long as they remain minorities and do not change nor seek to change the fundamental culture and identity of the indigenous peoples of the British Isles »). (source : site web du BNP).

Comme pour le FN en France, les observateurs insistent sur le fait que le BNP présente un programme édulcoré mais que les fondamentaux racistes restent ancrés dans les cerveaux des têtes pensantes du parti. Difficile à prouver et difficile d’affirmer le contraire. Une chose est sûre, le BNP, ce n’est pas le Ku Klux Klan. Le parti joue le jeu de la démocratie et ne prône pas la violence. Dès lors, la possibilité de licencier un prof du fait de son appartenance à ce parti semble être une grave atteinte à la liberté de penser (même pas la liberté d’expression) digne des plus sévères régimes dictatoriaux. Les idées diffusées par le BNP sont partagées par une partie non négligeable des Britanniques. Peut-être pensent-ils mal, mais ils pensent, et c’est leur droit le plus souverain. Beaucoup sont Inquiets de la montée d’un Islam radical et furieux de l’inégalité de traitement qu’ils estiment subir du fait de la discrimination positive de plus en plus contraignante. Une situation encore plus choquante en période de crise.

L’apparition de la discrimination positive dans le cadre législatif britannique remonte aux années 60. « La première législation anti-discrimination britannique, votée sous l’influence du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, date de 1965. Elle a été étendue en 1976, après que des affrontements entre la police et de jeunes Noirs eurent provoqué les émeutes de Notting Hill », rappelle Le Monde.

Le Race Relation Act de 1976 marque la naissance de la positive action, pendant britannique de l’affirmative action américaine. « Ainsi, les employeurs peuvent-ils mettre au profit des groupes ethniques minoritaires des équipements ou des services (formation, éducation, prestations sociales) destinés à leurs besoins spécifiques. Ils peuvent aussi favoriser la candidature d’Asiatiques ou de Noirs lorsque celles-ci concernent des postes où ils sont largement sous-représentés. », précise l’article du Monde.

En 2000, une nouvelle loi oblige les administrations à « être à l’image de la société.  A terme, les minorités ethniques doivent être représentées à proportion de ce qu’elles pèsent dans la population, et ce à tous les grades, à toutes les fonctions, dans tous les services. Conséquence, les corps publics se doivent de « compter » leurs membres issus de minorités ethniques, et poursuivent des objectifs chiffrés. »

L’attitude de l’Europe, encore plus antiraciste que les dirigeants britanniques, ne fera que confirmer la décision des malheureux ayant quitté le camp du Bien (Tories – Labour – LibDem) pour rejoindre les démons nationalistes. En mars de cette année, la Commission anti-racisme du Conseil de l’Europe, l’ECRI (European Commission against Racism and Intolerance), publie un rapport sur le Royaume-Uni. Comme à son habitude, elle distribue les bons points et les remontrances. « Le cadre juridique de la lutte contre le racisme et la discrimination a été renforcé. », c’est bien. « De nouvelles dispositions pénales interdisant la haine religieuse ont été adoptées et la police applique désormais une définition uniforme des incidents racistes. », c’est bien. «  un projet de loi sur l’égalité a été présenté au Parlement en vue d’harmoniser la législation contre la discrimination et de renforcer les normes en vigueur », c’est bien. La Commission décèle d’autres « efforts considérables » et de « signes encourageants » en faveur des « groupes ethniques minoritaires ». Mais tout n’est pas rose pour les vigilants du Conseil de l’Europe : « L’augmentation du nombre d’incidents racistes observée ces dernières années est inquiétante ». Autre « source préoccupation » : « l’incidence de la législation contre le terrorisme sur les groupes minoritaires ». La Commission pointe du doigt « des mesures comme les interpellations et les fouilles visent en effet de manière disproportionnée les membres de la communauté noire et des minorités ethniques. Ces derniers, et notamment les musulmans, ont de ce fait l’impression d’être de plus en plus stigmatisés. » L’ECRI estime en outre que « tout comme les musulmans, les migrants, les Tsiganes et les Gens du voyage, sont le plus souvent présentés sous un jour défavorable dans le discours politique et dans les médias, particulièrement dans la presse populaire. Le débat public reste empreint d’une connotation raciste et xénophobe ». Mais la Commission ne veut pas se cantonner à des critiques stériles, elle donne également la marche à suivre pour mieux faire et devenir le premier de classe. Elle invite le gouvernement à : « garantir qu’une assistance judiciaire soit disponible lorsque des affaires de discrimination sont portées devant les juridictions du travail ;  mener à bien l’évaluation des besoins de logement des Tsiganes et des Gens du voyage afin de traiter les difficultés qu’ils rencontrent dans l’accès à un logement adéquat ; poursuivre les efforts pour remédier à la sous-représentation des minorités ethniques dans la police ». Ces « recommandations […] feront l’objet d’un réexamen dans deux ans ».

C’est le cercle vicieux du totalitarisme démocratique d’aujourd’hui. Plus les nations s’enfoncent dans l’abandon de leur culture et de leur identité, plus l’Europe et les associations antiracistes réclament encore plus de reniement. Le plus cocasse est que ces belles âmes ne s’aperçoivent pas de la contre productivité de leur démarche. Au Royaume-Uni, l’English Defense League (EDL) rassemble de plus en plus de manifestants, les sites et partout en Europe, les partis dits d’extrême droite attirent de plus en plus d’adeptes.

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