Les criminels étrangers expulsés de Suisse : la victoire du populisme ?

1 Déc

Avec 52,9% des voix, les Suisses ont approuvé dimanche le texte visant à expulser les étrangers délinquants de leur pays. « Une victoire pour l’extrême droite à l’initiative de ce vote », commente le JDD. « Une initiative soutenue par la droite populiste », préfère Le Point, imité par LCI-TF1 qui ajoute le qualificatif « dure » à cette même droite.

Cette droite, c’est l’UDC, l’Union démocratique du centre qui réclamait l’expulsion systématique de tous les étrangers condamnés pour meurtre, viol, brigandage, traite d’être humains, trafic de drogue mais aussi pour ceux qui ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale. Pour savoir si les citoyens allaient la suivre, l’UDC a, comme à son habitude, soumis la proposition à votation. Pari gagné. Encore une fois. « Avec l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels, l’UDC gagne pour la sixième fois en sept ans une votation contre les autres partis gouvernementaux, indique le quotidien helvétique Le Matin. Il y a une année, l’UDC avait été le seul parti gouvernemental à soutenir l’initiative contre la construction des minarets, et s’était retrouvé dans le camp des vainqueurs. En 2004, son engagement en solo ou presque (seuls quelques petits partis de droite étaient dans le même camp) lui avaient également valu une victoire avec les référendums contre la naturalisation facilitée de la 2e génération d’étrangers et la naturalisation de la 3e génération. L’UDC a en outre battu les autres partis gouvernementaux avec l’acceptation de l’initiative pour l’internement à vie des délinquants dangereux en 2004 et l’acceptation de l’initiative pour l’imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine en 2008. »

Voyant le soutien populaire du projet, certains de ces autres partis de gouvernement ont joué le jeu de la démocratie directe en tentant un coup de poker : concurrencer la proposition de l’UDC par un contre-projet euphémisant. « Pour contrer l’UDC, le centre-droit et une minorité du PS misaient sur un texte faisant dépendre le renvoi de la sévérité de la peine, peut-on lire dans La Tribune de Genève. Contrairement à l’initiative, le contre-projet insistait sur le respect des droits fondamentaux et contenait un volet sur l’intégration ». Un échec cinglant. La solution est «  rejetée par plus de 1,407 millions de votants et par tous les cantons. »

Il ne fait donc aucun doute que l’UDC est un parti populaire. Est-ce pour autant un parti populiste ?

Créée en 1971, l’UDC est le fruit de la réunion du Parti des Paysans, Artisans et Indépendants (PAI) et des Partis démocratiques des cantons de Glaris et des Grisons. Elle s’inscrit durablement dans le paysage politique suisse à partir du 9 décembre 1992, date à laquelle les Suisses refusent à 50,3 % de faire partie de l’espace économique européen, suivant ainsi l’avis de l’UDC.

L’UDC  est aujourd’hui  le parti le plus représenté au Conseil national, avec un peu plus du quart des sièges, et dispose également de six conseillers aux États sur 46  (source : Wikipédia). Le parti défend une Suisse neutre et indépendante. C’est pourquoi il s’oppose au droit d’ingérence,  à une adhésion de la Suisse à l’Otan et à l’UE tout comme à une collaboration avec l’Onu (que la Suisse a intégré en 1992 malgré la résistance de l’UDC). Le « contrat » que le parti propose aux Suisses repose sur trois points : « nous ne voulons pas adhérer à l’Union européenne », « nous voulons renvoyer les étrangers criminels », « nous voulons baisser les impôts pour tous ». Sur le thème « politique des étrangers », l’UDC estime que « le bon fonctionnement et la prospérité d’un Etat de citoyens exigent une intégration élevée ainsi qu’une connaissance et une compréhension approfondies des structures de la collectivité et de sa culture. Celles et ceux qui veulent participer à notre modèle de société, qui a fait la preuve de son efficacité, doivent répondre à ses exigences. » (source : site officiel de l’UDC, www.udc.ch). L’UDC ne fait que vanter l’assimilation, modèle d’intégration opposé au multiculturalisme et appliqué pendant des siècles dans une grande partie de l’Europe jusqu’à ce que le nouveau monde et ses bâtisseurs émerveillés le juge dépassé, ringard, voire fasciste.

Soumettre à ses concitoyens un projet de loi, est-ce faire preuve de populisme ? En l’occurrence, l’UDC ne parle pas au nom du peuple mais en appelle au peuple. Nuance. « Mais ce parti ne fait que taper sur les élites, politiques et médiatiques », me rétorqueront certains. Ce modeste blog le fait également, à sa manière. Populiste lui aussi ? Non, étant donné, qu’il s’agit de dénoncer non pas les élites mais ceux qui ont été érigées en élites, les cultivateurs du kitsch moderne. Et il ne s’agit pas non plus de surestimer le peuple. Le quidam participe allégrement à la nocence généralisée, cette nuisance polymorphe examinée et combattue par Renaud Camus et son parti de l’In-nocence. Et il n’a pas toujours besoin de guide pour s’exécuter.

« Le poète a toujours raison », chantait Jean Ferrat. Qu’en est-il du peuple ? La souveraineté du peuple est-elle implacable ? Faut-il opposer le réflexe et les représentations du populo à la réflexion et à la connaissance du savant ? Le ressenti, l’instinct et les impressions sont-ils forcément irraisonnables ? Il semblerait que non si on s’intéresse au sujet sur lequel se sont prononcés les Suisses, à savoir la délinquance des étrangers en territoire helvète. Parmi les personnes adultes condamnées pour crime ou délit en 2009, on trouve 52.6% d’étrangers (source : office fédéral de la statistique). Autre chiffre : selon une étude réalisée par des chercheurs bernois, les prisonniers étrangers représentent environ les 4/5e de la population carcérale helvétique, entre 2003 et 2005. Les Suisses ont donc de bonnes raisons d’être préoccupés par cette question.

Autre question philosophique qui se pose derrière cette actualité : la majorité est-elle le peuple ? Si le oui l’a emporté sur le non, n’est-il pas possible pour autant que ce soient les minoritaires qui aient raison ? La conception du contrat social de Locke et de Rousseau y répond. C’est la majorité qui permet de dégager la volonté générale. La Suisse a fait le choix d’insuffler ce principe dans son système démocratique, les commentateurs devront s’en satisfaire.

Quid de l’incompatibilité avec les droits européen et international ? Le peuple suisse, dans sa majorité s’il est encore besoin de le préciser, a une tendance à s’en foutre, jugeant sa souveraineté supérieure aux nouvelles règles établies par des bureaucrates apatrides et aculturels. L’enseignement à tirer des résultats de cette votation est que la nationalité signifie encore quelque chose pour une majorité de Suisses. « L’étranger est invité et s’il se comporte mal, il dégage », se dit le Suisse. C’est du bon sens. De même, en suivant l’UDC sur l’interdiction des minarets, les Suisses disent que leur art de vivre, leur culture, leurs valeurs… bref leur identité nationale n’est pas une broutille.

Lire aussi « Pour sortir des clichés sur Oskar Freysinger » sur lekitschmoderne.wordpress.com

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2 Réponses to “Les criminels étrangers expulsés de Suisse : la victoire du populisme ?”

  1. KANSAYE mars 26, 2011 à 3:27 #

    Concernant les violeurs récidivistes , j’approuve en premier lieu la suppression de leur droit civique voire plus, la différence avec la France où l’on légitimise les violeurs dans leurs actes barbares, c’est la violée à qui on a enlevé le droit de vivre qui paie.Après mes viols 3 on a donné des films pornos à ma fille pour faire comprendre qu’elle sera la prochaine, pas de procès, on camouffle car moi femme de ménage le violeur AuteuilNeuillyPassy, les viols font rire en France

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  1. Un regard français - commentaires.com - e-magazine contre le néo-conformisme - décembre 6, 2010

    […] pertinente – et bien informée – de la votation du 28 novembre sur le site français Lekitschmoderne. On y lit en particulier cette excellente conclusion:  “Quid de l’incompatibilité avec […]

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