Interview de Philippe Muray dans la revue Médias

12 Mar

Dans son numéro de décembre 2005, le magazine mensuel Médias interroge Philippe Muray. Extraits.

Sur la droite :

La droite n’est même plus capable, comme autrefois les conservateurs, de défendre ce qui reste des anciennes valeurs patriarcales ou de la notion de dignité personnelle, noyées comme le reste, et par elle aussi bien que par les autres, dans les « eaux glacées du calcul égoïste » – pour parler comme Marx. Elle n’a même plus les armes conceptuelles minimales qui lui permettraient de repérer, dans d’infimes ou importants phénomènes comme ceux que j’ai regroupés sous le nom global de « festivocratie », des événements essentiels, chargés de sens et de mystère, et d’y voir à l’œuvre les différentes étapes d’un meurtre psychique méthodique accompli au nom du Moderne le plus implacable. Elle n’y voit, au mieux, que des divertissements plus ou moins réussis. Et elle finit en toute inconscience par les adopter avec enthousiasme quoique avec retard. Ce qui fait qu’elle couvre d’éloges la Nuit blanche ou Paris-Plage, quand même Libération commence à s’en détourner comme de quelque chose qui serait devenu trop plouc.

 

Sur l’antiracisme :

Je me souviens d’avoir assisté au premier concert de SOS Racisme, je crois que c’était en 1985, sur la place de la Concorde. Je sentais bien que quelque chose d’important se produisait alors, et pas du tout dans le sens où la chose était unanimement chantée. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’étais déplacé. Là aussi, là déjà, il s’agissait d’un oui conçu comme un monde sans non : car il n’y a pas d’antagonisme à l’antiracisme. Qui serait assez écœurant pour se dire raciste ? Même Le Pen tergiverse à ce sujet. La montée en extase, collective et sociale, de l’antiracisme est probablement, en France, le premier phénomène de cette longue série d’événements modernes, donc sans alternative, sans opposition avouable et même viable, sans contraire, et pour ainsi dire sans ombre, dont il convient de prendre la mesure non pas pour en faire l’histoire mais pour les pousser plus loin, les démesurer afin, encore une fois, de les faire voir. C’est quand s’élabore une « lutte » où le combattant héroïque de la Juste Cause représente 90 % de la population, et où l’adversaire abject se tait et se terre, qu’apparaît dans sa gloire comique et épique cette figure essentielle et totalement inédite de la modernité qu’est le mutin de Panurge.

 

Sur le rebelle de confort :

C’est Pyrgopolinice, le miles gloriosus de Plaute (le « soldat fanfaron »), mais revu et corrigé par la débâcle moderne. C’est lui qui, partout, sur la scène de l’époque, porte éloquemment et interminablement le deuil du monde tel qu’il devrait être. C’est le Travailleur éminent du deuil. C’est un personnage essentiel. Il appartient au monde du Deuil comme les aliments surgelés appartiennent à la chaîne du froid. C’est lui aujourd’hui qui se roule par terre et fait pipi sur les planches d’Avignon au nom de l’art qui doit toujours avancer en dérangeant et déranger en avançant ; c’est lui qui organise des « championnats du monde de pose de préservatif » – oui, oui, ça existe, dans le cadre du festival Rock en Seine et au nom du combat iconoclaste contre le sida ; c’est lui qui viole les principes élémentaires de la République en imposant la prétendue « parité », les quotas par sexe ou la discrimination dite positive ; c’est lui qui étrangle dans l’indifférence générale, et malgré l’avis négatif de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, la liberté de parole en obtenant le vote d’une loi inouïe contre les propos « sexistes » et « homophobes » – je suis obligé, pardonnez-moi, de prononcer ces mots entre guillemets. C’est enfin lui qui invente ce magnifique slogan oxymorique que je viens tout juste de découvrir et qui annonce une grande soirée de mobilisation contre les discriminations au Zénith : « Tous égaux, tous en scène ! » On n’en finirait pas, je n’en finis pas de conter ses exploits.

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