Affaire Guéant : cachez ce réel que je ne saurais voir !

20 Mar

Après Zemmour, Guéant. Pas de répit pour la meute du Bien, perpétuellement occupée à traquer le gibier « dérapeur », « stigmatiseur » et « dresseur de Français les uns contre les autres ». « Les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale », a déclaré le nouveau ministre de l’Intérieur jeudi dernier au micro de Europe 1 (voir le dit extrait ci-dessous).

Les cris d’orfraie à gauche n’ont pas tardé à retentir. Harlem Désir estime que Claude Guéant tente de « doubler le Front national sur sa droite. » Même profonde analyse chez Laurent Fabius : « C’est le langage du FN ». Cécile Duflot dénonce le « cynisme venimeux » du ministre de l’Intérieur. Jean-Luc Mélenchon s’interroge avec nuance : « Mais enfin, est-ce que vous pouvez-vous coller dans le crâne qu’on est au XXIe siècle, que votre idée d’une France blonde aux yeux bleus n’a jamais existé ? ».

Les amis antiracistes de cette clique outrée et réactive sont bien entendu entrés dans la danse de l’indignation. L’association SOS Soutien ô sans papiers – jusque-là inconnue au bataillon en ce qui me concerne –  ne tergiverse pas et annonce dès le lendemain de l’interview radiophonique du ministre le dépôt d’une plainte en justice à son encontre pour « provocation à la haine, à la discrimination et à la violence ». Le président de cet énième club pénalomaniaque, Rodolphe Nettier, explique à Reuters que « les citoyens de ce pays doivent choisir de façon nette entre d’une part l’humanisme et l’universalisme issus des Lumières et d’autre part une politique racialiste qui place la France à la traîne de l’Europe et au ban des nations ».

On vous aura prévenu. Embrassez le Progrès sans tarder et abandonnez une fois pour toute les réflexes beaufs et ringards d’observateurs du Réel. Comme souvent, cette « affaire » nous invite à rendre hommage au clairvoyant Muray qui dans ses dialogues avec Elisabeth Lévy (Festivus festivus) déclarait : « pour la première fois, nous nous trouvons devant cette difficulté que les inquisiteurs s’expriment dans la langue de l’émancipation ».

Dans ce que dit Guéant, il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat. Déjà que la mauvaise foi des aboyeurs de l’affaire Zemmour était flagrante, alors là ! Comme l’écrit très justement le magistrat Philippe Bilger sur son blog, Justice au singulier, « à l’exception des sulpiciens par principe et des aveugles par volonté, qui, de bonne foi, peut soutenir n’avoir jamais éprouvé le sentiment décrit par Claude Guéant ? Qui, dans tel ou tel quartier de Paris, dans telle ou telle gare, sur certaines lignes de métro, n’a jamais eu cette impression, une seconde, d’avoir perdu ses repères, d’être confronté  à des existences notamment d’origine maghrébine et africaine qui, par leur nombre et leur densité, en un espace donné, constituaient la France comme un pays étrange, presque étranger à tort ou à raison, et les Français comme des visiteurs dans leur propre pays ? « .

Je ne résiste pas à l’envie de citer de nouveau Muray, ethnologue  percutant du kitsch moderne : « Festivus festivus a ceci de particulier qu’il ne fait plus aucun, mais vraiment aucun compromis avec le réel ».

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