Philippe Carrese n’a plus envie

4 Août

« J’ai plus envie » est une chronique de l’écrivain marseillais Philippe Carrese parue en 2006 dans le défunt magazine « Mars Mag ».

J’ai plus envie…

J’ai plus envie de me prendre le quart-monde dans la gueule chaque fois que je mets un pied sur la Canebière.

Je m’apprêtais à écrire une chronique rafraîchissante pour un magazine d’été riant, bien décidé à taire mes énervements habituels. J’avais pris de bonnes résolutions, rangé ma parano dans ma poche et mes colères avec mes tenues d’hiver, au fond d’un placard. Je m’apprêtais même à faire de l’humour. Quelques fois, j’y arrive. Mais voilà… Une randonnée pédestre éprouvante entre les Cinq Avenues et le cours d’Estienne d’Orves a sapé mon moral et éradiqué mes résolutions optimistes.

J’ai plus envie de relativiser. J’ai plus envie de faire de l’humour. Et j’ai plus envie de subir ce cauchemar quotidien…

J’ai plus envie de supporter toute la misère du monde à chaque coin de rue.

J’ai plus envie de slalomer sans cesse entre des culs-de-jatte mendiants, des épaves avinées et des cartons d’emballages de fast-foods abandonnés sur le bitume chaotique du premier arrondissement.

J’ai plus envie de cette odeur de pourriture qui me saute à la gorge, de cette odeur d’urine à tous les angles de travioles, de cette odeur de merdes de chiens écrasées sur tous les trottoirs, de ces relents de transpiration et de crasse sur les banquettes arrière du 41.

J’ai plus envie de perdre des heures en bagnole dans un centre-ville laid, dévasté par manque total de prise de conscience individuelle et d’organisation collective.

J’ai plus envie de voir ma difficile survie professionnelle lézardée par des bureaucrates en R.T.T, assenant au petit peuple que la voiture est un luxe inutile, eux qui n’ont sans doute plus pris un metro depuis des lustres.

J’ai plus envie de me retrouver sur le parvis de la gare Saint Charles à onze heures du soir avec mes jambes et ma mauvaise humeur comme alternative à l’absence totale de transports en commun et à la présence suspecte de rares transports individuels qui frisent l’escroquerie.

J’ai plus envie.

J’ai plus envie de baisser les yeux devant l’indolence arrogante de jeunes connards.

J’ai plus envie de jouer les voitures-balais pour de malheureux touristes étrangers bouleversés, fraîchement dévalisés par des crétins sans loi ni repère.

J’ai plus envie de me retrouver à chercher des mots d’apaisement et à soliloquer des propos hypocrites sur la fraternité et la tolérance lorsque mes enfants se font racketter en bas de ma ruelle.

J’ai plus envie de me laisser railler par ces troupeaux d’abrutis incultes, vociférants et bruyants au milieu des trottoirs qui n’ont qu’une douzaine de mots à leur vocabulaire, dont le mot « respect » qu’ils utilisent comme une rengaine sans en connaître le sens.

J’ai plus envie de contempler mon environnement urbain saccagé par des tags bâclés et des graffitis bourrés de fautes d’orthographe. L’illettrisme est un vrai fléau, il plombe même l’ardeur des vandales.

Et aussi

J’ai plus envie de voir les dernières bastides mises à bas, les derniers jardins effacés d’un trait négligent sur des plans d’architectes en mal de terrains à lotir.

J’ai plus envie de cette ville qui saccage son passé historique sous les assauts des promoteurs (le comblement de l’îlot Malaval est une honte).

J’ai plus envie de cette ville qui perd sa mémoire au profit du béton.

Et encore

J’ai plus envie d’écouter poliment les commentaires avisés des journalistes parisiens en mal de clichés, plus envie d’entendre leurs discours lénifiants sur la formidable mixité marseillaise. Elle est où, la mixité ? De la rue Thiers au boulevard des Dames, la décrépitude est monochrome.

J’ai plus envie de traverser le quartier Saint Lazare et de me croire à Kaboul.

J’ai plus envie non plus de me fader encore et toujours les exposés béats de mes concitoyens fortunés, tous persuadés que le milieu de la cité phocéenne se situe entre la rue Jean Mermoz et le boulevard Lord Duveen. Désolé les gars, le centre ville, à Marseille, c’est au milieu du cloaque, pas à Saint Giniez. Tous les naufrages économiques de l’histoire récente de ma ville tournent autour de cette erreur fondamentale d’appréciation de la haute bourgeoisie locale.

J’ai plus envie de ce manque d’imagination institutionnalisé, plus envie de palabrer sans fin avec des parents dont la seule idée d’avenir pour leur progéniture se résume à : « un boulot à la mairie ou au département ».

J’ai plus envie d’entendre les mots « tranquille » « on s’arrange » « hé c’est bon, allez, ha » prononcés paresseusement par des piliers de bistrots.

J’ai plus envie de ce manque de rigueur élevé en principe de vie.

J’ai plus envie de l’incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion, plus envie du manque d’ambition comme profession de foi.

J’ai plus envie des discours placebo autour de l’équipe locale de foot en lieu et place d’une vraie réflexion sur la culture populaire. J’ai plus envie non plus de me tordre à payer des impôts démesurés et de subir l’insalubrité à longueur de vie.

J’ai plus envie de m’excuser d’être Marseillais devant chaque nouveau venu croisé, décontenancé par sa découverte de ma ville… Ma ville !

Et pourtant, Marseille…

Pourquoi j’ai plus droit à ma ville ? Merde !

Source : blog de Philippe Carrese

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Une Réponse to “Philippe Carrese n’a plus envie”

  1. Kybalion août 4, 2011 à 5:36 #

    Copié/collé d’un commentaire de Cultösaurus Erectus lu sur fdesouche :

    MARSEILLE,IMPRESSION DU NEANT…

    Marseille,le denier califat où le Blanc est une curiosité ethnique,pratiquement en voie de disparition. Des rues dégueulasses,”taggées” artistiquement (à la Jack LANG…monuments historiques où par endroit,on ne voit même plus un centimètre carré de pierre…).J’imagine l’acharnement pictural du bobo-gaucho décervelé dans son biotope,dans son élément naturel…Ce crétin hirsute me donne des envies de lui faire mal,je ne sais pas pourquoi…
    Marseille, laboratoire vivant du «il est interdit d’interdire»,que l’on appelle mixité,diversité. Foutoirs.Foutaises.
    Sauvageries mécanisées de milliers de tribus sub-sahariennes,africaines,qui vous dévisagent glauques,chaque matins,et qui ont infesté la ville d’une odeur de renard et de fosses sceptiques…Une nef des fous.
    Les hôtels ressemblent à des bordels
    Et les bordels à des hôtels.
    Seules,quelques limaces de lenteurs,de stupre et de lascivité peuvent y vivre. On ne sait quels regards bistres vous observent,en biais,ou franchement et fixement,à la limite de la décence.
    Un impitoyable pipeline vidant l’Afrique de son contenu humain au pied de l’Europe vous toise un peu partout alors que personne ne vous a prévenu sur cet immense mensonge vendu comme de la carte postale,un chromo aux herbes de Provence.
    Mais vous êtes au pied levé,hors la France,devant le choc titanesque de coutumes et traditions équatoriales,tribales. Une criminalité hors pair qui peut vous anéantir à tout moment…
    On ne vit pas la cité phocéenne,on s’y accroche comme une moule aux rochers.
    Les déferlantes frappent le dos de la Calcutta aixoise. Même Naples est plus accueillante.
    Fenêtres,portes,cours,cafés ; partout ce putain de raï qui vous scie les nerfs…
    (Scènes de panique de ma femme : « Bordel,on est OU?… »)
    Couscous,boubous. Des kebabs à perte de vue….Partout aussi,des poster géants du CPF le plus emblématique du jeu de baballe “aunéléchampion“(ça commence avé les pieds,et ça finit à coups de chetron…cherchez pas.Un truc à la con.).
    Diabolique illustration de Daumier sous l’égérie d’une groigne,où comment se débarrasser de tous ces envoûtements qui vous assaillent …une ville-vampire ?
    Soleils de nuits au magnésium. Lunes de jours orangées,quelques phrases d’H.MILLER me reviennent à l’esprit : « faut-il assassiner les assassins »…
    Au préalable sans couvre-feu,Marseille ville ouverte est cette amphitrium où,chaque nuit, les clochards du monde entier mènent une bamboula mémorable…Des «rastas» par centaines sortis des trous,serrures,lézardes,murs… Chiens,boucan,cris et hurlements.Et aussi quelques coups de pétards, 9mm aussi…BMW vitres fumées,menaçantes,vous zyeutent au carrefour de noctambules ivres et défoncés…Les cailles y sont armés jusqu’aux dents,qu’on se le dise…Avec votre opinel,z’êtes plutôt à poils!(en cas de pépin,rien à l’horizon…).
    En rentrant chez mon pote – quartier du panier – qui nous a offert l’hospitalité, j’y ai vu des scènes hallucinantes de barbaries dignes du Satiricon de Fellini…Cailleras et SDF troquants des deal sous la bave de pitbulls inexpressifs,figés.
    (et en attendant le taxi…),Clochardes,(apparemment fds…),inanimées nageants dans leurs vomis, excréments et autres matières plus ou moins identifiables (…),rats sortant de l’égout devant notre restaurant,véridique…Pute à moitié tailladées par quelques crépus mécontents qui lui cavalaient après en hurlant de l’arabe, sous les yeux effarés d’une gendarmette seule et SEULEMENT outillée d’une bombinette à gaz.
    Une vision de l’enfer écoeurante et traumatique.Un pandémonium.Une purge.Un achèvement.
    Vitrine festive du “vivrensemble” sortie droit d’un cerveau déficient, des millions de détritus,canettes,couches,verres explosés vous accueillent chaque matin en un égout à ciel ouvert et vous soulève le cœur pour le restant de la journée.
    (J’y étais pour mon boulot et j’espère ne plus jamais y refoutre les pieds…).
    …Ben Gaudin,le Haroun-el-Poussah du pastis y mène la barque – je veux dire le “ferry”,où rentrent tous les jours des milliers de “touristes” un peu spéciaux, à l’assaut d’un continent-fantôme que l’on continue d’appeler pudiquement “France”, faute de s’adapter…
    Un tourisme statique,qui prend racine. Au nez et à la barbe des institutions. Anarchie totale lourde de contingences.
    Une socialisation babylonienne comme due au hasard et à la probité,improbable conglomérat d’outres-mondes,…impossible d’y obtenir des statistiques sérieuses de délinquance,d’immigration ou de populations. Le tout et le rien se croisent sans jamais se mélanger. Comme l’huile et le vinaigre.
    Marseille,la ville ou la reconquista sera certainement la plus dure,mais ô combien nécessaire. Par pitié pour l’Humanité…Pour détruire ce pipeline inhumain qui inonde mon pays,mes landes et mare nostrum,mais pas la leur,de France…
    Avant le sort funeste qui la couvre et
    Sous sa crasse permanente,on imagine que cette ville a du être belle un jour…
    …de visu, avant la submersion ; racines,villes,identités,cultures,nous perdons TOUT un peu plus chaque jour qui passe,années déchues,recouvrements tribaux.
    Marseille rêve de Pétrone,et Pétrone hurle dans son cauchemar ?..Faudrait être un dément parmi les déments pour accepter ce quotidien de merdes et de pourritures.
    Si Pagnol y retournait,c’est par le feu qu’il s’immolerait sur la Canebière…

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