Késako

Bienvenue au royaume du kitsch !

Kitsch. « Se dit d’un objet, d’un décor, d’une œuvre d’art dont le mauvais goût, voire la franche vulgarité, voulus ou non, réjouissent les uns, dégoûtent les autres ». On pense à ces salons anglais garnis de vilains bibelots et de fauteuils trop confortables, aux intérieurs étouffants de nos aïeuls ou encore aux aventures de l’inspecteur allemand Derrick. Mais le kitsch, ce n’est pas que ça.

« L’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable », écrit Milan Kundera dans L’Insoutenable légèreté de l’être (éd. Gallimard, 1984,  p.357). L’intrigue se situe à Prague en 1968 dans le contexte du Printemps de Prague puis de l’invasion du pays par l’URSS. L’auteur tchèque – il acquit la nationalité française en 1981 – y décrit les cortèges du 1er mai, illustration parfaite de la puissance émotionnelle du kitsch communiste. « La fête du 1er mai s’abreuvait à la source profonde de l’accord catégorique avec l’être. Le mot d’ordre tacite et non écrit du cortège n’était pas « Vive le communisme ! » mais « Vive la vie ! ». La force et la ruse de la politique communiste, c’était de s’être accaparé ce mot d’ordre. C’était précisément cette stupide tautologie (« Vive la vie ! ») qui poussait dans le cortège communiste même ceux que les idées communistes laissaient tout à fait indifférents ».

Je suis de ceux qui pensent qu’un nouveau kitsch s’exerce aujourd’hui, et particulièrement en France. Celui de la mondialisation heureuse, de la bien-pensance sociale-libérale, de l’antiracisme, du culte du métissage et de la diversité (deux termes pourtant antagonistes), de l’adulation de l’inexorable Progrès avec cette drôle idée que tout ce qui est nouveau est génial (sauf les antennes-relais et les OGM). Des assertions matraquées, plus proches des slogans que des idées argumentées, hostiles à toute description du réel.

L’objet de ce blog est d’observer ce phénomène en faisant référence aux travaux et analyses d’auteurs, de journalistes, d’intellectuels, de scientifiques et, plus rarement, de politiques. Beaucoup d’entre eux, diront certains, sont de « nouveaux réactionnaires » (Daniel Lindenberg, Le Rappel à l’ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, éd. Seuil, 2002.). Pour ma part, je ne rejette pas la dénomination. N’est-ce pas tout à leur honneur de rejeter ce monde abjecte que les belles âmes télégéniques nous vendent en permanence ? N’est-ce pas une démarche estimable ou au moins acceptable de s’élever quitte à  recevoir insultes, quolibets et accusations de mauvais goût à l’heure où tant de nos concitoyens sont devenus amorphes par l’entreprise de « grande déculturation » (Renaud Camus, La grande déculturation, éd. Fayard, 2008)  menée insidieusement par beaucoup de nos gouvernants et de nos médias. Insidieusement, car la moralisation des esprits et l’inculcation des bons sentiments est la clé de leur succès. Comme l’énonce Kundera, « au royaume du kitsch s’exerce la dictature du cœur ».

3 Réponses to “Késako”

  1. flammande juillet 18, 2010 à 5:56 #

    Bienvenue et longue vie dans le monde des « nouveaux réactionnaires » !!!

    • kwanzaamillenium juillet 19, 2010 à 10:58 #

      Flammande, ainsi je vous retrouve ici, je crois que vous êtes passée sur mon blog et du coup je ne suis pas étonné de votre commentaire étant donné la nature du site qui nous a tous les deux mené à ce lien.

  2. vv-reflex août 1, 2010 à 10:26 #

    Bonjour,

    J’ai découvert votre blog presque par hasard. Une heureuse découverte ! J’ai vous lire, ça change des éditos de type « gauche donneuse de leçons » ou « droite sans chaleur ». J’ai globalement pas mal d’affinité avec vos idées. Et puis ça change de la pensé unique; ou plutôt des pensées directrices convergées comme j’aime à les nommer.
    Enfin, ça me semble bien documenté, avec de bonnes références. Bonne continuation.

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